|
|
ATV : le management version « funky business »
Cas d’école. Cette société
de coursiers motive son personnel en misant à la fois sur
un esprit « hyper cool » et une rigueur quasi militaire.
Curieux mélange, mais qui fonctionne au-delà de ses
espérances…
« Sans être un pro du marketing, je sais qu’il
faut innover pour se faire remarquer. » Julien Cohen, PDG
d’A toute vitesse (ATV), l’une des dix plus importantes
boîtes de courses parisiennes, en est convaincu. AU point
de chercher à sortir du lot face à ses clients, mais
aussi et surtout avec ses… salariés. Formé à
l’école de la net-écnomie, cet autodidacte en
a tiré une sorte de philosophie : le funky business. Traduction
: « Associer ludique, confort et efficacité. »
Un loft bo-bo en guise de bureaux
Première illustration, dans les locaux d’ATV, point
de bureaux austères ou de couloirs grisâtres. «
Nous voulions un plateau convivial et aéré »,
explique Julien Cohen. Mission accomplie. Les 175 m² de loft
parqueté ressemblent davantage à un vaste appartement
style « bo-bo » (bourgeois-bohème) qu’à
une entreprise. Douches, kitchenette, bar, verrières et salle
de jeux composent l’environnement quotidien de la cinquantaine
d’employés. Ajoutez-y un petit coin salon raffiné
noyé dans une ambiance pastel lumineuse, du matériel
informatique dernier cri et un mobilier personnalisé.
« Gérer des courses toute la journée est un
boulot de dingue, confie le fondateur d’ATV. Nos standardistes
reçoivent plus de 1200 appels chaque jour. Nous avons donc
cherché à créer une ambiance valorisante pour
que chacun se sente ici comme chez lui. » Par exemple, les
salariés « teufeurs » apprécient particulièrement
de pouvoir se doucher avant d’entamer leur marathon nocturne…
Tandis que, sur une immense terrasse avec Jacuzzi et barbecue, un
coach dispensera prochainement des cours de musculation. Mais, pour
prévenir tout effet pervers, le boss a fixé les règles
avec fermeté : un logiciel informatique analyse le flux des
appels et la réactivité des employés. «
ATV offrant un bel outil de travail, il est normal d’attendre
en retour un service de qualité », se justifie Julien
Cohen. Un deal qui satisfait Cyril, 24 ans, coursier depuis trois
ans : « Je voudrais rester le plus longtemps possible chez
ATV. Car l’ambiance simplifie vraiment les relations entre
collègues. »
Boîte de courses cherche débutants…
ATV se distingue aussi par le recrutement de son personnel. Votre
meilleur atout pour intégrer l’entreprise ? Une absence
totale d’expérience ! A toute vitesse préfère
« épauler » les nouvelles recrues plutôt
qu’aller chercher des coursiers déformés par
leurs mauvaises habitudes. Objectif : former en interne à
l’ « esprit ATV ». Ainsi, tout nouvel arrivant
doit abandonner le « look repris de justice » et respecter
un code vestimentaire précis. Julien Cohen ne renie pas le
côté « militaire » de sa méthode,
mais tout en affirmant rester indulgent avec les coursiers non confirmés.
Quant aux vieux briscards, il les incite carrément à
quitter le métier au bout de quelques années. «
Vous savez, coursier, ça ne va qu’un temps, déclare
cet étonnant patron. On acquiert le sens du contact et on
peut faire quelques économies, mais c’est n métier
épuisant. Voilà pourquoi j’encourage mes gars
à se donner les moyens d’entreprendre autre chose.
»
Tout bon coursier mérite voyage
Julien Cohen sait qu’il doit la croissance de son entreprise
à la rapidité de ses chevilles ouvrières. Tous
les deux mois, il désigne donc son meilleur coursier. Mais
attention, chez ATV, on ne gagne pas juste le droit d’avoir
sa photo encadrée dans le hall d’accueil… Pour
motiver tout son petit monde, le PDG agite une carotte autrement
plus excitante : un voyage tous frais payés au vainqueur
et à sa compagne vers cinq destinations au choix : Afrique
du Nord, Chypre, Espagne, Grèce et Turquie. Cette compétition
prend en compte la rapidité des prises de commande, le nombre
de courses effectuées et, surtout, les feed-back clients.
Un long questionnaire leur est adressé, dans lequel ils font
part de leurs impressions sur la présentation, la propreté,
la politesse et la discrétion du coursier. Et s’il
y a des ex æquo, le lauréat est tiré au sort,
sans lot de consolation pour le malchanceux. Injuste ? Quand on
a la possibilité de gagner un voyage tous les deux mois,
on a mieux à faire que de râler
|