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« Portrait : Julien Cohen»
Un jeune homme pressé
Son premier argent, il l’a gagné comme joueur professionnel.
Après son bac, il a joué au backgammon à Saint-Tropez.
« J’avais dix-huit ans et je gagnais un million de francs
par an en jouant », résume-t-il. Le souvenir d’un
grand-père turc perdant son bazar au jeu a sûrement
été pour quelque chose dans l’envie de gagner
de l’argent autrement. Car Julien Cohen ne s’en cache
pas : il aime l’argent, « mais de façon plutôt
cool, insiste-t-il. Quand j’en ai, tant mieux, quand je n’en
ai pas, je sais que je peux en gagner. » Effectivement, il
en gagne. Il prend des risques, ne se verse jamais aucun salaire,
mais seulement des dividendes. Il s’emploie à concrétiser
les nombreuses idées qui lui viennent. Il tient cet esprit
entrepreneurial de son père, fondateur de la première
usine d’écussons thermocollants en Europe. Cet autodidacte
rêvait de voir ses trois fils devenir avocats ou médecins.
Mais les stages dans l’usine paternelle leur ont donné
d’autres virus. Le plus jeune est aujourd’hui peintre
et professeur de français. L’aîné, «
un commercial de génie », dixit Julien, a arrêté
ses études au milieu de la terminale.
Julien Cohen a sûrement rassuré son père en
passant un bac S mention bien avec un an d’avance. Mais après
avoir préféré le jeu aux études, c’est
vers la création d’entreprise qu’il s’oriente.
A la foire de Zurich, équivalent du concours Lépine
français, un procédé d’impression à
l’encre photochromique sur du tissu retient son attention.
United Sportswear Association (USA) est née. Julien Cohen
profite de l’engouement des années 80 pour tout ce
qui vient des Etats-Unis. Des T-shirts importés de Chine
sont imprimés d’un dessin qui n’apparaît
qu’au soleil ou à la lumière des boîtes
de nuit, avec une étiquette « by USA », ils font
un tabac. Mais l’armée française se rappelle
à son bon souvenir. Il va passer six mois à la trésorerie
de l’école militaire. Qu’à cela ne tienne
! Julien Cohen, qui doit gérer la paye mensuelle de l’école,
apporte son propre micro-ordinateur et développe un programme.
« Du coup, la paye était faite en deux jours et on
avait du temps pour faire autre chose », raconte-t-il en souriant.
Ce temps, il le met à profit pour faire du sport, mais aussi
pour vendre du sportswear au mess des officiers. Cela ne suffira
pas à sauver USA, qui dépose le bilan deux mois plus
tard. « C’était une bonne expérience,
reconnaît-il aujourd’hui, d’autant plus que mes
parents ne m’ont pas donné le sens de l’échec
et je trouve que la prise de risque est toujours plus intéressante.
»
Le goût de l’aventure. Il enchaîne avec la création
d’Edition Marketing Presse et Pub (EMPP), une régie
publicitaire destinée aux magazines féminins et financiers.
Il se lasse de cette activité lucrative quand la loi Sapin
plafonne les marges des régies. En 1991, avec son frère,
il crée A Toute Vitesse (ATV), une société
de coursiers. Cinq ans plus tard, son frère part en bateau,
lui décide de se lancer dans l’aventure des nouvelles
technologies. En 1996, dans les sous-sols d’ATV, il crée
DirectLine, qui vend des minutes télécoms. Après
une fusion, DirectLine rebaptisée Western Telecom s’introduit
u Nouveau Marché en 1998 et réalise l’une des
plus belles introductions de l’année en levant 178
millions de francs. Lassé de ce qui « n’est plus
une aventure », Julien Cohen revient chez ATV avec une volonté
féroce d’innover et de créer une référence
dans le domaine des coursiers, qui souffre d’une mauvaise
image. Après un recrutement « serré »,
les coursiers sont formés aux règles de la maison,
qui touchent autant à la sécurité qu’à
la ponctualité ou à la présentation.
Mais pour atteindre son but et devenir le leader du marché
en cinq ans, ATV a besoin d’autre chose. Après concertation
avec ses salariés, ATV réalise un tapis de souris
décoré d’une photo des coursiers nus avec le
slogan « Regardez-nous différemment ! ». Le lendemain
de l’envoi du tapis de souris aux clients, ATV reçoit
300 coups de téléphone : tout le monde en veut ! Déclinée
sur les cartes de visite et les voitures d’ATV, cette pub
se traduit par une augmentation de 30 % du nombre de clients en
trois mois. Résultat : le site Internet d’ATV est à
la limite de la saturation dans l’après-midi. Julien,
lui, s’apprête à perdre plusieurs kilos pour
la prochaine campagne qu’il promet « atomique »,
mais qu’il refuse de dévoiler. Pendant ce temps, il
fait grossir la société et prépare son rachat
par ses salariés pour dans quatre ans.
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